En arrivant a Ranu Pane, fatigues par une longue marche de 19 km dont une bonne dizaine dans le sable avec les sacs et l'eau, on est tout d'abord etonnes de ne pas tomber sur un minuscule petit village de rien du tout. Sans etre non plus une ville normale, il y'a quand meme une succession de petits croisements sur le chemin principal sur lequel se sont construites quelques maisons parfois bien mignones. Il fait assez froid et brumeux, et c'est accueuillis par les enfants de l'ecole et guides de ca de la par le ramupanien desesperement non anglophone que nous rejoignons, en traversant rizieres et champs de choux, la rustique maison du facetieux Monsieur Tasrip.
La maison est semble t-il le seul lieu d'hebergement du village et aucune preparation specifique n'a ete prevue pour les touristes. Ici, on dort dans le lit du p'tit dernier s'il est parti chez tata Duduk ou dans une chambre dans laquelle on a place deux lits sans couverture et tout est fait comme dans une famille indonesienne perchee a 2.600. C'est tres rustique et tres typique, et finalement ca tombe tres bien, car ca m'aurait vraiment decu de tomber dans un lieu aussi recule sur des complexes et sur autre chose qu'un logement chez l'habitant.
Sur le mur d'entree de la maison on peut lire "Ici vous pouvez manger et dormir", presage rassurant s'il en est, et sur la partie donnant sur la rue, une guerite ouverte sert de petit stand de nourriture de base, ou plus exactement de nourriture tout court, tant la presence de Nutella ou d'After Eight est illusoire. C'est d'ailleurs l'un des seuls points d'approvisionnement de nourriture de ce type du village, apporte ici par camion de Malang, "quand le conducteur a le temps (sic)" ce qui n'assure pas specialement non plus d'aisance financiere particuliere tant ici, tout le monde travaille sa terre et semble troquer avec le voisin.
Une fois passe la porte d'entree, qui se divise comme dans une etable par une partie basse et une partie haute, on a tout de suite une espece de salle a manger sombratre dont les murs sont illustres de differentes photos du Semeru et dans laquelle, romantisme suranne, j'aurais bien vu une pendule d'argent qui dit oui qui dit non.
On arrive ensuite sur une piece centrale dotee d'une cheminee millenaire, alimentee par quelques vagues buches allongees et dans laquelle on a installe des chaudrons qui permettent d'avoir un peu d'eau chaude de temps en temps au moment de se laver, ce qui n'est pas un luxe vu les deux ou trois degres des mandis, a l'exterieurs qui servent de bassins d'ou l'on preleve de l'eau pour nettoyer les toilettes a la turque ou se laver, gageure immonde.
Au fond de cette piece et a son cote, trois chambres sommaires et bien froides dans lesquelles on a un peu de mal a imaginer que ce cher Monsieur Tasrip se soit agite un peu au moins quatre fois dans sa vie avec la Madonne edentee et severement fripee que l'on a croisee en entrant.
Bien sur, il y'a quand meme une tele, mais les rudiments d'electricite appris en sixieme - dont l'utilissime U =R I - et surtout les nombreux coups de bourres pour ne pas les avoir respectes, nous poussent a limiter notre implication dans la reparation du bouzin par peur de la combustion instantanee.
Maitre des lieux, l'ami Tasrip est un ancien maitre d'ecole du village de 76 ans au regard malicieux et aux pitreries permanentes. Il parle 7 mots de francais et 12 d'anglais mais c'est assez pour nous faire comprendre ses conneries et essayer de nous faire croire toutes sortes de choses. Avec ce genre de bonhomme on est tout de suite a l'aise et cela semble reciproque vu que le papy se joint a nous pour aller prendre des nouvelles du volcan au poste des rangers. Il se tient a mon bras et marche tres doucement, et tout en continuant sur sa lancee deconnante, apprecie discretement le moment passe entre deux jeunes qui devaient etre comme lui, avant.
Cela fait 6 minutes, et je suis deja conquis.
Les rangers, qui ont les informations les plus fraiches sur le volcans nous confirment que celui-ci a connu de tres violents passages eruptifs dans ces derniers jours, et notamment le 15 mai dernier avec des nuees ardentes de plus de quatre kilometres. Par consequent, il est interdit d'approcher a plus de 4 kilometres autour du cratere central, et il est extremement deconseille de tenter l'aventure pour le sommet. Dans ce genre de situations, j'ai un peu tendance en general a minimiser les mises en garde officielles. Mais ici, vue la bete, vues les explosions apercues quand on etait encore a 35 kilometres, et vue notre experience au Kraka, j'ai plutot tendance a vouloir les croire et a ne pas tenter n'importe quoi. Mais je suis tres decu, putain le Semeru quand meme... Les rangers nous indiquent toutefois qu'on peut s'approcher du volcan jusqu'a 4 bornes, au lieudit Kalimati.
Retournant chez Tasrip, on en discute avec lui et il nous met en garde a son tour. Il nous dit que parfois, malgre les interdictions, c'est relativement faisable de soudoyer un guide ou un porteur pour aller jusqu;en haut, mais que la ca risque d'etre difficile.
Du coup, en plus, ca risque de nous faire une randonnee encore plus violente avec l'ami Budoys.. Car au lieu de faire les 17 kilometres qui menent a la base du cratere pour la premiere nuit avant la montee finale, il nous faudra y aller, et revenir dans la journee. On ne voit pas en effet l'interet de rester la bvas a se cailler mechant pour rien.
On se prepare donc pour la plus grand eexpedition de notre vie n'ayant pas peur des mots, et de bon matin, dans le froid, on part pour le volcan, deja fortement enerve. Avancant sur les parois de montagnes abruptes dans le col d'Ayek Ayek, nous devons lutter de plus en plus avec une vegetation qui recouvre le minuscule sentier pentu et accidente, et cette vegetation, en meme temps qu'elle nous ralentit, nous trempe les affaires et les sacs par l'humidite de la rosee et nous griffes par la presence recurrente de plantes hostiles. Au bout de trois heures nous arrions sur les rives du lac Ranu Kumbolo sur lesquelles un epais brouillard est tombe. On fait un peu la gueule car on se dit que la route est encore longue, et que si a l'arrivee on ne voit rien, on aura beaucoup lutte pour pas grand chose.
Evidemment, pas question non plus de ceder, et nous continuons donc notre route en direction de l'enorme que l'on ne voit pas, nous arretant ca et la pour boire un peu et manger le riz blanc que nous a prepare Madame Tasrip. Dub n'est pas au mieux et donne des signes de fatigue. Mais il fait front et suit la cadence. Parcourant vallees et collines encaissees, chemins boisees et forets splendides, nous arrivant finalement vers cette grande plaine de Kalimati, d'ou des bruissements venus des steppes nous paralysent parfois subitement.
De maniere tres surprenante, on ne voit toujours rien. Il est pourtant la on le sait, on le sent. Tout d'un coup, dans l'epaisse creme nuageuse qui bouche toute visibilite un petit coin de bleu apparait et nous laisse apprecier quelques instants la violence et la hauteur d'une erruption qui a eu lieu il y a peu. On s'approche alors encore un peu, mais de nouveau la vue se bouche. Plus tard, assis a esperer, on aura des zones avec moins de nuages et un peu de visibilite sur le gros bougon. Mais rien de fantastique a se mettre sous la dent, et c'est un peu la mort dans l'ame, non sans avoir envisage de dormir dans une cabanne de fortune trouvee sur place mais sans equipement pour la nuit, que nous decidons de nous en aller. On a deja parcouru 15 kilometres, on a froid et on est fatigue, mais en plus on a rien vu.
Nous retournant tous les 20 pas comme des gamins en esperant que quelque chose se soit produit, on quitte progressivement la zone de visibilite du volcan et on s'en retourne vers le chemin du depart. Ca nous fait chier d'aller se re-tremper sur le col d'Ayek Ayek et cela d'autant plus que le soleil cache est en train de tomber tout simplement et qu'il fera bientot noir. Duboys avance de moins en moins et je dois m'employer un peu pour lui donner le moral.
Nous revenons finalement au lac du depart en nous disant qu'un grand moment chiant et humide va commencer lorsqu'un improbable individu sans dent et avec une canne a peche artisanale qu'il serait plus honnete de qualifier de simple bout de bois nous apparait. Avec son look de pecheur des montagnes et son sac plastique emprisonnant des poissons immangeables, il nous fait comprendre qu'il existe un chemin plus court que le col qu'on connait, et qu'en le suivant on gagnerait une heure. On est creve alors on le suit, en se disant que ca ne devrait pas vraiment etre pire. Evidemment, on lui pose plusieurs questions sur Ranu Pane pour etre bien sur qu'il ne s'agisse pas d'un fou furieux mais tout colle et apres tout, le gencive a une bonne bouille.
Naifs.
Tout commence par une marche rythmee dans une espece de plaine encaissee au bas d'immenses a-pics. C'est d'ailleurs ce qui nous inquiete dans un premier temps vu que selon toute logique il faudra se les taper, et c'est ce qui va nous achever ensuite puisqu'effectivement, on se les tapera. En fait, on comprend rapidement qu'au lieu de passer par un chemin plus long et sans enorme difficulte, le pecheur nous fait passer par un chemin qui monte brutalement pendant une heure et descend ensuite. Avec l'humidite et la vegetation on glisse, on s'use et Cru est vraiment au bout du rouleau. Je le fais chier pour qu'il ne craque pas mais commence pour lui un petit calvaire. Je le laisse passer devant moi pour ne pas qu'il se sente obliger de me suivre et surtout pour qu'il ne se laisse pas distancer. Mais je le vois qui vascille, bute, et peste lorsqu'il se cogne. Vers le sommet, il se met meme un superbe Waza ari par une technique de jambe consistant a se prendre le pied d'appui dans une racine cachee pendant que le poids du corps est vers l'avant. Au sommet, on fait une pause, et la descente, incroyable sentier abrupte va bien durer une heure penible. Nous revenons a la nuit.
Ce fut une journee d'enfer. Un enfer de 31 kilometres de montagne glissante.
En se reveillant le lendemain, un peu fourbus quand meme, on pense un temps y retourner, au moins pour aller dormir en bas car on a vu que tres tot le matin c'etait degage. Bon disons le, je suis un peu plus chaud que Nico, mais ca m'arrange aussi qu'il grimace, on a quand meme pris cher hier...
Du coup, la bise a Tasrip, deux trois photos et toc toc badaboum, on se retrouve a la sortie du village, sur la seule route descendant a Lumajang, en esperant que quelqu'un passe vu que les ojeks et autres 4x4 a qui on avait demande avaient essaye de nous assassiner sur le prix. On attendra bien deux heures a faire les cons dans le brouillard a cote des paysans incredules, mais un camion finit par passer. Bon, c'est un camion de fumier, mais on va quand meme pas faire nos chochottes...
(Photo extraite d'une video d'ou la mauvaise qualite) "Jour 85 - Putain de camion "
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